Maladie de Lyme: Comment bien se protéger des tiques?

Vecteurs de la maladie de Lyme, les tiques sont un véritable problème de santé publique. Quelques bonnes pratiques permettent toutefois d’en limiter les risques.


Le temps des balades en forêt et des longues journées de jardinage est revenu. Mais avec le printemps, c’est aussi le retour des tiques. Ces acariens transmettent de nombreuses bactéries et sont responsables des cas de maladie de Lyme. Cette affection, encore assez méconnue, peut tout de même être limitée en adoptant quelques réflexes de sécurité.

Quand et dans quelles régions les trouve-t-on?

“Il y a des pics au printemps et pendant l’été, mais on peut se faire piquer tout au long de l’année. La tique a besoin d’une humidité importante, c’est un été ou un hiver sec qui va lui nuire”, prévient Sandrine Capizzi-Banas, maître de conférences en parasitologie à la faculté de pharmacie de Nancy. Certaines régions sont plus prisées des tiques que d’autres. “Les zones où on en a le plus actuellement, c’est l’Auvergne et l’Alsace-Lorraine. Il y en a pas mal en Bretagne et en Savoie aussi”, reprend Sandrine Capizzi-Banas. Selon Muriel Vayssier-Taussat, qui dirige le département de santé animale de l’Inra, “la tique qui transmet la maladie de Lyme est une espèce particulière qui existe partout en France, sauf sur le pourtour méditerranéen, où il n’y en a pas ou peu. Mais on y trouve d’autres espèces de tiques qui peuvent transmettre d’autres microbes et être à l’origine d’autres maladies”.

Envie d’une balade en forêt? Méfiez-vous, c’est le milieu de prédilection de la bestiole, qui raffole des herbes.

“La tique peut attendre plusieurs semaines que vous passiez au bord d’un sentier, raconte Sandrine Capizzi-Banas. Plus vous frôlez des herbes, plus le risque est important. En bordure d’un chemin où par exemple du gibier passe assez souvent, elle ressent une odeur, là vous avez la forme adulte. Dans les fourrés, vous aurez les jeunes tiques. Les deux sont dangereuses pour l’homme mais dans 80% des cas, celle qui transmet la maladie c’est la nymphe, parce qu’elle est plus petite et qu’on ne la voit pas”.

Les tiques sont également présentes dans un endroit où on ne les attendait pas forcément. “On estime que 30% à 40% des gens qui se font mordre le sont dans leurs jardins. Les tiques y sont moins contaminées, mais on est plus souvent dans son jardin qu’en forêt, donc ça augmente le risque”, reprend Sandrine Capizzi-Banas. Si vous êtes citadin, n’allez pas croire que vous êtes à l’abri. “Il y en a aussi dans les jardins publics, les parcs urbains. Il faut un certain écosystème: de la végétation, des animaux qui passent et déposent les tiques, il faut que ce soit relativement humide. Par exemple, au Jardin du Luxembourg, il y a peu de chance de trouver une tique. Par contre dans le Bois de Vincennes, vous avez des tiques”, prévient Muriel Vayssier-Taussat.

Comment se protéger des tiques?
Maintenant que vous savez où vous risquez de tomber sur des tiques, apprenez à ne pas vous laissez mordre sans rien faire. Pour ça, il n’y a pas de secret. En plus de préférer vous balader sur des sentiers où il n’y a pas d’herbe, “il faut s’habiller avec des vêtements longs, et des pantalons rentrés dans les chaussettes”, conseille Muriel Vayssier-Taussat. Tant pis pour le style et le confort, donc. Mais mieux vaut prendre ses précautions. “On estime que si vous êtes mordu par une tique contaminée, vous avez un risque de 7% de contamination, c’est assez restreint, mais ce n’est pas rien non plus”, révèle Sandrine Capizzi-Banas.

En outre, selon la chercheuse, le recours à des répulsifs n’est pas une garantie face aux attaque des tiques.

“Ça marche moyennement. D’autant que ces produits, on doit les mettre sur des parties découvertes, donc 2cm plus loin vous n’êtes plus protégé. La tique va toujours trouver un moyen de rentrer parce qu’elle va monter par le pantalon et puis elle va passer par la ceinture, par une boutonnière, par le col… Il faut donc être sûr d’en avoir mis partout. Ce qui marche assez bien c’est de mettre sur les vêtements un répulsif à base de perméthrine.”

Comment réagir après une morsure de tique?
Malgré ces précautions, il faudra tout de même se montrer vigilant après une longue balade en forêt ou une journée de jardinage chez vous. Pensez à vous inspecter minutieusement pour vérifier qu’aucune tique ne s’est attaquée à vous. “Il faut vérifier l’ensemble des plis: sous les bras, derrière les genoux, les plis fessiers, dans les oreilles et autour, dans le nombril. Chez les enfants, c’est aussi la base de la nuque. Ce sont des zones assez cachées où la tique peut être protégée”, explique Sandrine Capizzi-Banas.

Et si vous découvrez que vous avez été été piqué, ça ne sert à rien de paniquer. D’abord parce que toutes les tiques ne transmettent pas de microbes ou la maladie de Lyme. Ensuite parce que s’en débarrasser est un jeu d’enfant.

“Il faut l’enlever le plus vite possible: plus vite c’est fait, et plus le risque est faible de contracter une maladie. Il faut la dévisser et la tourner avec un tire-pique et en théorie ne pas l’arracher. Si on l’arrache mal, le seul risque c’est que les pièces buccales peuvent rester dans votre peau, il peut y avoir une petite infection. Ce n’est pas gravissime mais c’est mieux de l’enlever proprement”, estime Muriel Vayssier-Taussat.

Une fois la zone désinfectée, il vous faut désormais vérifier si d’éventuels symptômes surviennent dans les jours voire les semaines qui suivent. “Est-ce qu’on est plus fatigué? Est-ce qu’on a l’impression d’avoir une grippe? Est-ce qu’il y a une tâche rouge qui apparaît de plus de 2cm?”, décrit Sandrine Capizzi-Banas. Cette tâche, c’est ce qu’on appelle un érythème migrant et “c’est le premier signe de la maladie de Lyme. Le problème c’est qu’on peut ne pas s’en apercevoir parce que ce n’est pas douloureux et qu’on peut passer à côté”, prévient Muriel Vayssier-Taussat. Mais si vous constatez son apparition, filez chez votre médecin qui vous prescrira des antibiotiques.

Le réflexe CiTIQUE
C’est un projet de sciences collaboratives qui a débuté il y a un an. Baptisé CiTIQUE, il permet aux citoyens d’aider la recherche sur les tiques et les maladies qu’elles transmettent. Comment? Si vous avez été piqué par une tique, après l’avoir enlevé, vous pouvez déclarer votre morsure sur l’application Signalement TIQUE. Ensuite, vous la scotchez sur du papier absorbant, vous indiquez votre nom, votre mail et la date de votre signalement et vous envoyez le tout à un laboratoire de l’Inra.

Aujourd’hui, entre 500 et 700 tiques ont ainsi été récoltées et rangées dans la Tiquothèque, selon Sandrine Capizzi-Banas. “En tant que chercheur, quand on veut étudier les tiques, on ne peut aller les trouver que ponctuellement dans une forêt, ce qui demande énormément de moyens. De plus, on suppose que les tiques qui piquent sont plus agressives, et apparemment celles-ci seraient plus chargées en bactéries. Donc si moi je fais un prélèvement en forêt, ça ne me donnera pas forcément une idée du taux de contamination réelle”, explique la chercheuse.